Étude de cas · Coinhouse
Coinhouse moque les intérêts du Livret A avec une boutique d’objets inutiles
Comment donner envie aux Français, attachés au Livret A, de s’intéresser aux crypto-actifs ? Comment Coinhouse utilise-t-il l’humour pour transformer un placement jugé sûr en objet de moquerie ?
- Marque
- Coinhouse
- Secteur
- Finance et crypto-actifs
- Année
- 2021
- Niveau
- BTS et BUT
Notions Humour publicitaireCampagne publicitaireAgence de communicationLanding pageInsight consommateurGénération de leads
Contexte
Selon l’article, plus de 100 milliards d’euros d’épargne dorment sur les Livrets A, les LDDS et les comptes courants. Or le Livret A ne rapporte que 0,5 % par an, son taux le plus bas depuis sa création, et moins que l’inflation.
Coinhouse, présenté comme expert français des crypto-actifs depuis 2015, veut inviter les Français à diversifier leur épargne. Moins de 6 % des Français ont déjà investi dans les crypto-actifs. La campagne est conçue par l’agence Marcel, choisie sans compétition d’agences pour son expérience des marques de la « nouvelle économie ».
Cible
Le PDG, Nicolas Louvet, précise la cible : des investisseurs en quête de diversification, prêts à prendre des risques sur une faible partie de leurs placements et déjà curieux du Bitcoin.
- Cœur de cible : les épargnants qui envisagent d’investir dans les crypto-actifs mais n’ont pas encore franchi le pas.
- Cible secondaire : plus largement, les détenteurs de livrets d’épargne, que la campagne semble vouloir faire réfléchir au rendement de leur épargne.
Objectifs
- Cognitif : faire prendre conscience du faible rendement de l’épargne réglementée.
- Affectif : installer Coinhouse comme un « acteur alternatif » sympathique et accessible.
- Conatif : convertir les curieux en clients ; l’entreprise vise 1 million de clients d’ici fin 2021.
Le PDG insiste : il ne s’agit pas de détourner les Français de leur placement préféré, mais de les amener à envisager une diversification.
Le dispositif
- Un site dédié, « La Boutique sans intérêts » : l’internaute calcule les intérêts produits en 2020 par un placement à 0,5 %, puis découvre les objets « incroyablement inintéressants » qu’il peut s’offrir avec : hand spinner, économe, boule à neige.
- Une comparaison avec le Bitcoin : le site indique la plus-value qu’aurait produite la même somme investie en Bitcoin avec Coinhouse. Exemple de l’article : 1 000 € placés en janvier 2020 rapportent 5 € sur un Livret A, contre une plus-value de 2 705 € avant impôts en Bitcoin.
- Un rappel du risque : le site précise que l’investissement en crypto-actifs n’est pas sans risque, d’où l’importance d’être accompagné.
- Une diffusion print et digitale à partir du 20 juillet 2021.
Le ton est volontairement « drôle et décalé », selon les directeurs de création de Marcel.
Résultats
Les résultats de l’opération n’ont pas été communiqués. L’article présente un objectif (1 million de clients fin 2021) mais aucun bilan.
Indicateurs possibles :
- nombre de visites sur la Boutique sans intérêts et nombre de simulations réalisées ;
- taux de clic vers le site de Coinhouse et nombre d’ouvertures de comptes attribuables à la campagne ;
- partages sur les réseaux sociaux et retombées presse ;
- évolution de la notoriété de Coinhouse auprès des épargnants.
Analyse : ce qu'il faut retenir
- Un insight puissant : la campagne part d’une frustration réelle (« mon épargne ne rapporte presque rien ») et la rend visible et concrète grâce à des objets dérisoires. C’est la force d’un bon insight consommateur : le public se reconnaît immédiatement.
- L’humour comme levier d’attention : parler de finance est austère. L’humour rend le message mémorable et partageable, et réduit la méfiance envers un produit perçu comme complexe. Il peut toutefois banaliser un placement risqué.
- Un site interactif au service de la conversion : la simulation personnalisée engage l’internaute et l’amène vers l’offre, logique proche de la génération de leads.
- Une comparaison à manier avec précaution : opposer un rendement passé exceptionnel du Bitcoin à un livret garanti met en avant le gain sans montrer les pertes possibles. La mention du risque est donc indispensable, pour l’éthique comme pour la conformité réglementaire de la communication financière.
Questions
- Présentez l’annonceur, l’agence et le constat de départ de la campagne « La Boutique sans intérêts ».
- Identifiez l’insight consommateur sur lequel repose la campagne et expliquez comment le site le met en scène.
- Analysez le rôle de l’humour dans cette campagne, en montrant ses avantages et ses limites pour un produit financier.
- Expliquez en quoi le site interactif peut contribuer à l’objectif d’un million de clients fixé par Coinhouse.
- Discutez la comparaison entre Livret A et Bitcoin proposée par le site : est-elle loyale envers le consommateur ? Argumentez.
Afficher le corrigé
- Annonceur : Coinhouse, expert français des crypto-actifs depuis 2015. Agence : Marcel. Constat : le Livret A ne rapporte que 0,5 % par an, moins que l’inflation, alors que les Français y placent massivement leur épargne ; moins de 6 % ont investi dans les crypto-actifs.
- Insight : « mon épargne ne me rapporte presque rien ». Le site calcule les intérêts de l’internaute et lui montre qu’ils ne permettent d’acheter que des objets inutiles (hand spinner, boule à neige), ce qui rend le constat concret et personnel.
- Avantages : attirer l’attention, rendre un sujet austère accessible, favoriser le partage, créer de la sympathie pour une marque peu connue. Limites : risque de minimiser le risque financier, de choquer les épargnants prudents, ou de faire douter du sérieux d’un acteur financier.
- Le site engage l’internaute par une simulation personnalisée, puis lui montre la plus-value possible avec Coinhouse : il transforme un visiteur curieux en prospect et peut le diriger vers l’ouverture d’un compte. C’est une logique de conversion.
- Arguments pour : chiffres réels sur la période citée, mention explicite du risque, discours du PDG qui vise une faible part de l’épargne. Arguments contre : période choisie favorable au Bitcoin, comparaison d’un placement garanti avec un actif volatil, gain mis en avant plus fortement que le risque. Toute position argumentée est recevable.
Étude rédigée par Le Monde Marketing d'après l'article « "La Boutique sans intérêts" : Un référencement d'objets incroyablement inintéressants » (21 juillet 2021). Libre d'utilisation en classe, avec mention de la source.