12 mois, 12 hommes et femmes. 12 formes de pouvoir. Une marge de manœuvre démultipliée. Le 8ème calendrier de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France s’impose comme un média au service d’une cause sociale, et ose la provocation.


Un calendrier devenu un marronnier pour l’association

Il existe depuis 2011 et s’est déjà amusé à mettre en scène des personnalités populaires telles que Franck Ribéry ou Jean Dujardin. Comme chaque année, c’est l’agence Wonderfull qui réinvente le calendrier au service d’un objectif inchangé : interpeller les pouvoirs publics et les impliquer dans les grandes initiatives liées à l’intégration des personnes malvoyantes. En effet, la France compte à ce jour quatre-cent mille déficients visuels dont quatre-vingt mille personnes en cécité totale. La moitié d’entre eux sont sans emploi.
Disponible en adressant un don sur le site de l’association, le calendrier doit son succès à sa récurrence, sa capacité à se renouveler et à ses messages audacieux que l’association encourage à partager largement sur les réseaux sociaux.

Un habile mélange d’humour et de provocation

Cette année, l’association a pris le parti d’embrasser la cause politique dans les grandes largeurs. La fédération s’impose déjà avec un message fort qui a fait ses preuves : la fédération surfe en effet sur la portée internationale du slogan politique de l’ex président des États-Unis Barack Obama « Yes we can », détourné ici en « Yes we canne ». Une idée astucieuse non seulement dans le détournement des mots mais aussi dans la symbolique positiviste, pleine d’espoir et la capacité d’appropriation du public. Une démarche plutôt audacieuse qui représente bien la détermination de l’association à se faire entendre et surtout à changer les choses. Mais la Fédération des Aveugles de France ne s’arrête pas là : cette année, ce seront les pouvoirs publics qui porteront le message en revêtant les lunettes noires et la canne blanche, accessoires de fortune des personnes en situation d’handicap visuel.

Douze personnalités choisies pour représenter une certaine forme de pouvoir dont Jean-Michel Blanquer ou Michel-Edouard Leclercs font parties des clichés qui illustrent le calendrier. Une façon pour l’association de confronter des personnes à leur statut privilégié et surtout à la réalité des choses, qui loin d’être un état de fait, doit évoluer grâce à leur action et leur investissement.

“Toutes les associations travaillant sur le handicap sont malheureusement obligées de mener un combat permanent, d’être sans arrêt sur le qui-vive, de faire un lobbying incessant auprès des décideurs et financeurs. Car l’objectif reste aussi d’avoir des rendez-vous avec eux dans la foulée. Comme celui qu’a obtenu la Fédération, récemment, avec la ministre de la Culture Françoise Nyssen, afin de solliciter une aide sur l’édition de livres en braille. Elle a été d’ailleurs très à l’écoute.”, explique le directeur de l’agence montpelliéraine Pascal Hébrard.

Une prise à partie des plus hauts niveaux de pouvoir

La position de l’association est claire : tout est possible à qui s’en donne les moyens. Et il appartient aux pouvoirs politiques de se positionner pour faire avancer la condition des personnes déficientes visuelles, soit les impliquer pleinement dans la vie économique, culturelle, sociale, politique et sportive. Ce n’est donc pas un hasard si Emmanuel Macron, au pouvoir depuis quelques mois, a été choisi comme tête d’affiche du calendrier à l’accroche insolente : “Incarner une vision d’avenir pour tous les citoyens de France“.

Piqûre de rappel sur les différentes lois qui ont été votées en faveur des malvoyants et qui n’ont été que très partiellement appliquées ? Adhésion assumée aux promesses du Président durant sa campagne « La France doit être une chance pour tous » ? Ou dénonciation symbolique de la cécité de l’Etat face aux problèmes sociaux ? La réussite du message tient vraisemblablement au fait que chacun a la capacité d’y « voir » ce qu’il souhaite.

About Author

Leave A Reply