C’est un sujet auquel se sont confrontés, tant bien que mal, bon nombre d’organisations ces derniers mois. La ville de Lausanne s’attaque à son tour au harcèlement de rue et a choisi de miser sur l’humour et l’absurde. Une campagne puissante, juste et terriblement maligne.

Le harcèlement de rue : phénomène d’un autre temps ?

Et si le harcèlement de rue n’était qu’un lointain souvenir ? C’est en tout cas l’angle choisi par la ville de Lausanne qui, dans le cadre de sa campagne contre le harcèlement 2018, a choisi de transposer le phénomène dans une époque révolue. Pour l’occasion, la ville a ainsi ouvert virtuellement son musée du harcèlement. A travers une vidéo de deux minutes diffusée sur le WEB depuis le 30 Avril dernier et avec l’opéra de Carmen en fond sonore, l’internaute est ainsi invité à découvrir les diverses formes de harcèlement à travers des représentations picturales et même sonores. Déclarations phare de l’histoire du harcèlement telles que le fameux “Grab them by the pussy !” de Donald Trump, scène de harcèlement à revivre grâce au simulateur sonore… tout est là pour mettre en scène un phénomène qui frôle ici l’absurde.

Traitée sous une tonalité pédagogique, la vidéo nous offre même le luxe de nous proposer un guide qui n’est autre que l’humoriste suisse Yann Marguet. Celui-ci, sur un ton doctoral et on ne peut plus sérieux, nous donne une définition précise du harcèlement :

Le comportement primitif du harcèlement de rue peut prendre diverses formes, telles que la main aux fesses, grand classique, la caresse dans les cheveux non sollicitée, l’insulte, etc., toutes ces choses, en fait, qui rappellent ce type de harcèlement d’époque, qui était exercé sur la voie publique à l’encontre, le plus souvent, des femmes “.

Le harcèlement : entre actualité et archaïsme

En 2017, la ville de Lausanne publiait les résultats désolants d’une étude menée sur le terrain : 72 % des femmes âgées de 16 à 25 ans affirmaient avoir subi une forme de harcèlement au cours des douze derniers mois. Face à ce phénomène social, la ville s’était engagée à mettre en place des mesures concrètes pour sensibiliser sur le sujet mais surtout pour le contrer. C’est chose faite ! En effet, la vidéo, qui sera accompagnée d’un dispositif d’affichage dans la ville ainsi que de courts spots vidéo sur les bornes de véhicules TL, tient toutes ses promesses, et va en plus au-delà de nos attentes.

Conceptuelle, surprenante, subtile et drôle, la vidéo réalisée par Messieurs.ch, nous invite à un voyage dans l’histoire contemporaine en rabaissant le harcèlement de rue à un phénomène désuet et même archaïque. Un point de vue et un parti-pris rares qui influent directement sur la perception qu’ont les harceleurs d’eux-mêmes. Ici, les comportements abusifs ne sont pas simplement dénoncés : ils sont affichés, pointés du doigt et moqués. Une perspective qui parle d’ailleurs au plus grand nombre, comme l’affirme Pierre-Antoine Hildbrand, chargé de la sécurité de Lausanne :

« La campagne vise ne cible pas un seul type de harceleur, mais s’adresse à tous ceux qui assistent à ce type de phénomène sans forcément réagir ou qui ne savent pas comment réagir. Et puis à graduer les comportements entre les regards insistants et les choses pénalement répréhensibles.”

Alors que la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes en France Marlène Schiappa a salué l’initiative de la ville suisse en jugeant la vidéo « percutante », la campagne risque bien de marquer les esprits, et ce, à l’échelle européenne. A la fois osée et contenue, la campagne nous donne en effet une véritable leçon en matière de sensibilisation. Parce qu’en effet : dénoncer, prévenir, lutter tout en faisant rire, c’est tout un art !

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